samedi 28 avril 2012

1er tour des élections présidentielles

http://www.slate.fr/france/53781/carte-resultats-presidentielle-savoir-qui-vote-pour-qui

http://www.slate.fr/story/53981/extreme-droite-europe-fn


Sociologie et géographie du vote FN

Qui a voté Marine Le Pen?

http://www.slate.fr/france/53833/marine-le-pen-score-vote

La candidate du Front national a battu le record du nombre de voix pour son parti. Elle a fait ses meilleurs scores chez les ouvriers, les hommes et dans le Gard.


Marine Le Pen et un militant à l'Equinoxe à Paris le 22 avril 2012, REUTERS/Pascal Rossignol

Selon les chiffres définitifs qui prennent en compte le vote des Français de l’étranger, derniers bulletins à être dépouillés, Marine Le Pen a récolté 17,9% des suffrages exprimés.
Ce score est inférieur aux estimations  qu’avaient données les instituts de sondages dimanche 22 avril au soir du scrutin, qui allaient de 18,2% à 20%, mais au-dessus des dernières estimations parues vendredi 20 avril avant la fin de la campagne officielle, qui prévoyaient un score compris entre 14% et 17% pour la candidate du Front national.

Record

Marine Le Pen dépasse ainsi le score historique réalisé le 21 avril 2002 par son père, Jean-Marie Le Pen. Lors de cette élection marquée par une abstention record de 28,30%, le président du Front national accédait au second tour avec un score de 16,86% des voix, soit 4.804.713 électeurs. En 2007, un million de ces voix avait fondu et Jean-Marie Le Pen terminait à 10,44%, victime de l'offensive de Nicolas Sarkozy sur son terrain.
En 2012, avec une participation élevée de 80,16%, Marine Le Pen obtient plus de 6,4 millions de voix, soit 1,6 million de plus que son père en 2002 et 1 million de plus que l’ensemble de l’extrême-droite toujours en 2002 (Jean-Marie Le Pen + Bruno Mégret).

Sociologie

Qui a voté pour Marine Le Pen? Selon un sondage Ipsos-Logica Business Consulting sur la sociologie des électorats réalisé du 19 au 21 avril 2012 sur Internet auprès de 3.152 personnes et redressé avec les résultats du scrutin, elle arriverait première chez les ouvriers (29% d'entre eux), une catégorie qu’elle a revendiquée tout au long de sa campagne.
«Contrairement à lui [Jean-Luc Mélenchon], je n'ai pas attendu 25 ans dans un siège de sénateur avant de m'intéresser à la classe ouvrière. De toute façon, l'électorat de Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas la classe ouvrière, mais un électorat de bobos», avait-elle dénoncé en mars. Le sondage d’Ipsos et de Logica lui donnerait raison, avec seulement 11% du vote ouvrier pour le candidat du Front de Gauche, contre 27% pour François Hollande et 19% pour Nicolas Sarkozy.
Marine Le Pen fait également un bon score chez les «artisans, commerçants et chefs d’entreprises» (25%) et chez les employés (21%). Toujours selon le même sondage, elle est la candidate qui obtient le score le plus différent entre les hommes (21%) et les femmes (16%). Au niveau des tranches d’âge, elle obtient son meilleur score chez les 35-44 ans (23%) et son moins bon total chez les plus de 60 ans (13%). Elle arrive troisième chez les jeunes de 18 ans à 24 ans (18%), loin derrière François Hollande (29%) et Nicolas Sarkozy (27%).

Géographie

La candidate du FN arrive en tête dans le Gard avec 25,51% des suffrages exprimés. Jean-Marie Le Pen était déjà arrivé en tête dans ce département en 2002. Marine Le Pen réalise aussi ses meilleurs scores dans le nord-est de la France, où elle est souvent en deuxième position avec des scores supérieurs à 20%.
A Hénin-Beaumont, ville symbolique où Marine Le Pen a été conseillère municipale de 2007 à 2011 et tentera de se faire élire députée en juin, elle effectue un excellent score avec 35,48% des voix, bien mieux que son père en 2007 (18,60%). Ce bond se fait au détriment de Nicolas Sarkozy, qui plonge de 24,12% à 15,76%. Les socialistes restent quant à eux au même niveau: 26,72% pour Ségolène Royal en 2007, 26,82% pour François Hollande en 2012.
G. F

Géographie électorale et évolution des votes extrêmes

Mélenchon, le seul électorat nouveau qui commence à apparaître


http://www.slate.fr/story/53999/presidentielle-cartes-geographie-premier-tour

Depuis dimanche soir, de nombreuses cartes du vote ont été publiées, par départements, par circonscriptions législatives (Slate a élaboré celles du FN et du Front de gauche) voire par communes comme sur le Monde. Trois chercheurs de l’université de Rouen, Michel Bussi, Céline Colange et Jean-Paul Gosset, ont eux élaboré des cartes au niveau des quelques 4.000 cantons français.
«On voit une autre géographie, avec des oppositions géographiques entre les villes et les périphéries car, avec les cartes par région ou par département, les villes sont complètement gommées dans une moyenne, explique Michel Bussi. Et les cantons sont plus lisibles qu’une carte à l’échelle de la commune où on peut avoir du "bruit" statistique avec les communes avec très peu d’habitants, car ils ont une superficie à peu près égale.»
Le chercheur note par exemple que le département du Gard a été très médiatisé car il est le seul à placer Marine Le Pen en tête mais qu’il s’agit d’un «hasard de la moyenne» et que la cartographie par canton «montre que c’est toute la vallée du Rhône qui est concernée».

Ancienne chiraquie et droite sociologique


En regardant la «carte des trois présidents», qui montre le candidat en tête dans chaque canton, la zone de domination la plus nette du candidat socialiste s'observe dans le Sud-Ouest, notamment autour de l’ancienne chiraquie «en cercles concentriques autour de la Corrèze» (Haute-Vienne, Creuse, Puy-de-Dôme, Lot…).
«On a l’impression d’un effet de fief, d’amitié locale, ce qui est moins le cas de la carte de Nicolas Sarkozy: dans la région parisienne, on est davantage dans une logique de classes que dans une logique géographique», pointe Michel Bussi, selon qui «d'un point de vue numérique, c'est quand même plus dans les villes que François Hollande fait la différence». Le candidat PS est en revanche plus faible dans le quart Nord-Est, là où se combinent les votes Sarkozy et Le Pen, et qui sont donc plutôt «des terres de mission pour la gauche».
Nicolas Sarkozy, lui, reste dominateur sur le pourtour est du territoire (Alsace, Savoie, Alpes-Maritimes…) et également, dans une moindre mesure, dans la grande périphérie francilienne (Eure, Eure-et-Loir, Loiret, Yonne, Aube...). Dans un article publié après l’élection de 2007, Michel Bussi et Jérôme Fourquet, de l’Ifop, pointaient «un véritable "vote de classe"» massif en sa faveur de la «droite sociologique» dans certaines villes, qui s'observe encore cette année dans les communes aisées: 73% à Neuilly-sur-Seine, 48% à Boulogne-Billancourt, 47% à Versailles, 62% à Bondues et 45% à Marcq-en-Baroeul, dans l’agglomération lilloise, 45% à Mougins et 48% à Mandelieu, dans les Alpes-Maritimes, 48% à Ecully, dans l’agglomération lyonnaise...
«En 2007, il avait fait le grand écart entre des communes très "bourgeoises" et des communes qu’il avait gagnées sur le FN dans l’Est. Assez clairement, il a perdu dans cette France de l’Est "reconquise" en quelque sorte par le FN», explique Michel Bussi. «Ses zones de progression sont anecdotiques, à l’exception de la Vendée, où il a récupéré l’électorat de Philippe de Villiers en 2007.»

Le FN s'invite dans les zones intermédiaires


Selon le chercheur, la carte du vote FN, elle, «est presque un copier-coller de celle qui existait déjà. Le remplacement de Jean-Marie Le Pen n'a pas modifié la carte ou les scores dans des ordres de grandeur radicalement différents, on a quasiment tout le Nord-Est et le pourtour méditerranéen à 25%». On constate aussi que, par rapport à 2002, des régions comme le Poitou-Charentes et le Limousin voient leur score FN se rapprocher de la moyenne nationale, phénomène que nuance Michel Bussi:

«J’ai entendu pas mal d’analyses disant que le Front national s’étendait en zone rurale et progressait un peu partout, mais je ne suis pas tout à fait d’accord. Il progresse par exemple en Bretagne, mais il progresse peu [à 13,2%, il est cinq points en dessous de la moyenne nationale, comme en 2002, NDLR].
Il y a sans doute un effet de rattrapage et de vieillissement dans l’Ouest, mais Marine Le Pen progresse avant tout en Lorraine ou en Paca: l’explication majeure, c’est quand même qu’elle reprend les voix que Nicolas Sarkozy avait pris, et qu’elle s’y renforce même par rapport à 2002, avec des percées qu’elle n’avait jamais eues dans certains départements.»
Sa carte reste également très structurée Ouest-Est: «A l'Ouest, on n'a quasiment pas un canton FN jusqu'à Perpignan à part dans le Médoc viticole, sans doute du fait d'un vote protestataire catégoriel des chasseurs.»
D’après Michel Bussi, Marine Le Pen arrive «en trouble-fête entre des zones de gauche et des zones de droite», comme l’illustre l’exemple du Gard, «qui constitue un entre-deux entre Paca, zone de droite riche et touristique, et Midi-Pyrénées, où l’encadrement à gauche est plus fort». Et, au sein, des départements, est forte à l'écart des villes: en Moselle (où elle est troisième, de peu, avec 24,73%), elle plafonne entre 15 et 20% à Metz ou Thionville mais dépasse les 30% dans plusieurs cantons périphériques.

La nouveauté Mélenchon, le repli Joly


Pour le chercheur, l’une des cartes les plus «innovantes» est celle qui compare l’évolution entre le vote Mélenchon de 2012 (11,13%) et celui pour Hue en 1995 (8,64%):
«On aurait pu penser que Mélenchon allait beaucoup gagner sur Hue en région parisienne, dans le Nord, en Seine-et-Marne... Ce n'est pas le cas. C'est moins un vote ouvrier remobilisant l'électorat communiste  qu'un vote nouveau agrégeant diverses protestations et entrant en concurrence avec le FN —il y a un survote Mélenchon autour de villes de Ouest comme Nantes ou Caen, de la part de "déclassés" qui y voient une autre forme de protestation que le FN— ou avec le PS chez les urbains.
En terme de voix, Jean-Luc Mélenchon reste fort dans le Trégor rouge, la vallée de la Seine, le bassin minier du Nord, la Seine-Sant-Denis, les Ardennes, mais en terme d'évolution, c'est presque l'inverse de la carte du vote PC. C'est plutôt intéressant car il capte une forme nouvelle de protestation, des gens qui ne votaient pas forcément communiste. C'est le seul électorat nouveau qui commence un peu à apparaître.»

A l’inverse, le vote Joly révèle lui un repli sur les bastions traditionnels de son courant:
«On voit apparaître des effets régionaux dans le vote Joly, mais très peu d'effets-villes tels que ceux qu'on voyait aux européennes, où les villes gommaient justement l'effet régions. La bataille de l'écologie urbaine a été perdue,:on assiste plus à un repli sur les enjeux écologiques locaux en Bretagne ou dans les Alpes, dans des zones de faible densité.»
Loin du cliché «bobo des villes», la plupart des cantons où Eva Joly effectue ses percées sont situés dans la Drôme, l'Ardèche, l'Ariège... avec une pointe à près de 10% dans le canton de Barre-des-Cévennes, en Lozère.

Bayrou et Le Pen incompatibles géographiquement


Reste enfin le cas François Bayrou. «On a une carte qui bouge peu alors que son électorat, puisque centriste, est supposé assez mouvant. Ses zones de force sont le grand Ouest du Cotentin à la Vendée, le Béarn, l'Alsace, la Savoie... Bref, la plus vieille carte électorale de France, celle de l'électorat catholique décrite par André Siegfried. Même s'il s'en défend, Bayrou reste le candidat de la démocratie chrétienne, explique Michel Bussi. On peut penser que c'est dans les villes qu'il a le plus perdu, auprès d'un électorat où il avait pris sur le vote Royal en 2007, des gens de centre gauche qui ne croyaient pas en leur candidate et voulaient absolument faire battre Nicolas Sarkozy.»
Alors que l’électorat centriste va être, avec celui du FN, le plus disputé par les deux candidats en vue du second tour, sa géographie est très différente, au point d’apparaître quasiment incompatible: dans les quelques 70 cantons où Bayrou est au-dessus de 15%, Le Pen est quasi-systématiquement en-dessous de sa moyenne nationale. «C'est très net, ce sont deux pôles qui s'opposent, car Bayrou est issu de la droite humaniste et pro-européenne, contrairement à Marine Le Pen. Ce ne sont pas deux électorats qui se combinent facilement», reconnaît Michel Bussi.
La combinaison de ces zones de force dessine, comme il y a cinq ans, le portrait d'une division Ouest/Est: l'ensemble des départements qui ont accordé, au premier tour, plus de 50% à Sarkozy et Le Pen sont situés à l'est d'une ligne reliant le Calvados à l'Hérault. «C'est vraiment en 2007 qu'on a mis en évidence ce clivage de manière très nette, avec l'élection de Nicolas Sarkozy et l'apparition de leaders de gauche issus de l'Ouest, conclut Michel Bussi. Auparavant, on l'observait avec le FN mais l'implantation de Chirac dans le Limousin perturbait le modèle.»
Jean-Marie Pottier

Le vote FN et sa localisation

«Au fond, la gauche pense que les électeurs du FN sont stupides»


http://www.slate.fr/story/54109/fn-stupide-gauche-guilluy

Géographe, consultant pour des collectivités, Christophe Guilluy s’est concentré depuis quinze ans sur la description d’une France périphérique, espace de fragilité sociale situé au-delà des grandes métropoles françaises et de leurs banlieues immédiates.
A la fin de son ouvrage Fractures françaises, décrivant longuement la montée inexorable d’un séparatisme entre classes populaires blanches et classes populaires d’immigration récente, Christophe Guilluy faisait un constat inquiétant: avec un vote de banlieue allant majoritairement à Ségolène Royal et un vote pavillonnaire acquis au candidat Nicolas Sarkozy, les classes populaires votaient, en fonction de leur lieu de vie et de leur origine, différemment pour la première fois. «Tout se passe comme si le lent processus de séparation territoriale débouchait aujourd’hui sur l’expression politique d’un séparatisme culturel», écrivait-il.
La montée du FN et l’omniprésence des thématiques liées à l’immigration dans la campagne nous donnent l’occasion de revenir sur sa grille de lecture du malaise des classes populaires.
Depuis le 22 avril au soir, on reparle beaucoup d'une «France invisible» rurale, industrielle et périurbaine que Marine Le Pen aurait séduit pour parvenir à 17,9%, une population que vous avez décrite dans vos travaux...
Oui, les médias m’appellent car ils cherchent tous du pavillonnaire, surtout en région parisienne. Mais bon, la région parisienne est atypique et les départements pavillonnaires y sont plutôt riches, sauf la Seine-et-Marne… Il faut aller jusqu’aux départements limitrophes de la région, comme dans l’Oise, l’Yonne ou l’Eure-et-Loir pour voir des «prolos».
Quelle est cette «nouvelle géographie sociale» que vous décrivez?
En écrivant avec Christophe Noyé L’Atlas des nouvelles fractures sociales en France en 2004, on a remarqué à travers des indicateurs de fragilité sociale (taux de chômage, proportion d'employés et d'ouvriers, taux de propriétaires précaires...) qu’il se passait quelque chose au-delà des grandes métropoles qui avaient réussi leur intégration dans l’économie mondialisée (selon nos calculs 40% de la population vit dans les 25 plus grandes métropoles les plus actives). Plutôt que de constater comme l’Insee que 95% de la population française vit sous influence urbaine, ce qui ne veut rien dire, je préfère opposer une France métropolitaine à une France périphérique, c’est-à-dire tout le reste.
On ne peut pas résumer ce schéma à des cercles concentriques partant des villes puis passant par les banlieues jusqu’aux zones périurbaines, pavillonnaires et précaires. Cette segmentation marche autour des métropoles les plus actives et les plus mondialisées: Paris, Grenoble, Lyon, Lille, Nantes, mais de nombreuses villes ne sont pas dans cette logique de" métropolisation".
Le reste de cette France périphérique inclut des zones rurales, des petites villes et des villes moyennes. Perpignan fait partie de la France périphérique, comme Charleville-Mézières. On remarque donc que les «quartiers populaires» ne sont en fait qu'une petite partie du populaire.

Quel a été l’accueil de vos travaux ?
On nous a dit qu’on se trompait, parce qu’on parlait de territoires où il n’y aurait que des classes moyennes et des paysans… On ne collait pas avec le discours qui était focalisé sur la banlieue et l’image du pavillon correspondait à celle de la classe moyenne.
Or, ce qui a explosé, c’est que les catégories qu’on croyait être des classes moyennes ne le sont plus. Il s’agit plutôt d’une population qui a pris en pleine gueule la mondialisation, mais concrètement. C’est-à-dire avec une déflation salariale, la précarisation sociale, la paupérisation et la fin de l’ascension sociale pour les enfants, d’où le vote des jeunes prolétaires pour Marine Le Pen.
Marine Le Pen exprime un discours de protection sociale (contrairement à son père) tout en promettant la préférence pour les autochtones. Pourquoi cela fonctionne-t-il?
Je pars d’en bas, c’est-à-dire des classes populaires. Or en partant d’en bas, on croise forcément la question identitaire. Soit on part en courant parce que quelqu’un vous a dit qu’il n’aimait pas les immigrés, soit on essaie de comprendre…
Or la gauche pense que si les gens votent FN, c’est parce qu’ils sont vraiment cons. Quand les experts disent par exemple que ce sont des gens non diplômés, disons les choses clairement: ça veut dire qu’au fond s’ils étaient allés à l’école, avaient réfléchi et qu’ils avaient eu un diplôme, ils voteraient socialiste.
C’est une condescendance que j’ai souvent trouvée en discutant avec le PS. Pourtant au XXIème siècle, qui est le siècle de l'accélération de la mondialisation et de l’émergence des sociétés multiculturelles, on ne peut plus aborder la question sociale sans évoquer la question identitaire.
La gauche est pourtant forte en 2012, y compris chez les classes populaires…
Heureusement. On vient d’une époque où la majorité de l’électorat populaire votait à gauche. Les gens vont voter pour Hollande par rejet de Sarkozy. Mais il y a quand même une fracture sociale importante, par exemple chez les jeunes entre les diplômés des grandes villes et les jeunes prolétaires. Et l’ouvrier de base a compris qu’Hollande n’allait pas changer sa vie, ça ne sera pas vraiment un vote d’adhésion.
Regardons le socle électoral de Marine Le Pen: des actifs de 20 ans à 55 ans, des jeunes, et socialement très majoritairement des ouvriers et des employés. C’est-à-dire la sociologie de la gauche. Si c'est pas une forme de lutte des classes, alors qu’est-ce que c’est? Elle a en plus capté pas mal de voix de femmes, donc on peut avoir une femme caissière et un homme ouvrier qui sont dans le même trip, avec un vote très rationnel par rapport à leurs conditions de vie.
Quant au «J’entends ce cri de colère» lancé par la gauche, c’est la même chose depuis 20 ans, ils ont l’air de découvrir que les ouvriers votent FN. C’est un peu surjoué. Après les élections, ça sera terminé et tout rentrera dans l’ordre. On reparlera des classes moyennes, des banlieues…
Et Mélenchon?
Il est encore au XXe siècle voire au XIXe. C’est plutôt La Bête Humaine et Jean Gabin, il aurait dû mettre une gapette pour aller jusqu’au bout. Il ne manquait plus que l’accordéon.
C’était certes sympa. Je ne dirais pas ça s’il avait obtenu 15% à 20%. Mais à 10, on peut s’interroger. Qu’est-ce qui fait que malgré une offre sociale géniale, un discours fantastique de tribun, les classes populaires ne l’ont pas choisi? Alors qu’il était sur le papier ce qu’il y avait de mieux.
On dit toujours que les classes populaires sont parties du PS parce qu’il n’était pas assez à gauche. Là pour le coup on avait la possibilité de voter bien à gauche. Donc il faut prendre en compte ce constat, mais la gauche refuse malgré tout de le faire.
Que pensez-vous des analyses expertes du vote FN qui défilent depuis dimanche?
On finit toujours pas la même conclusion: ces gens sont trop stupides. On décrit ces gens comme s’ils n’étaient jamais allés à la ville du coin. On peut habiter dans un village d’Alsace et être allé à Strasbourg, ou avoir un cousin qui y vit, c’est de l’ordre du possible! La mobilité et la capacité d'analyse ça peut exister même en milieu populaire! Pour les gens, le rural ce sont des paysans et des retraités, alors que ce sont d’abord des actifs ouvriers et employés.
On est encore dans la condescendance, comme quand on dit «Ben c’est parce qu’ils regardent trop TF1». Après il ne faut pas écarter le racisme, on ne peut pas le nier. Mais il faut quand même réfléchir à ce que sont les flux migratoires et ce que ça suggère comme instabilité culturelle.
Idem sur la question des préoccupations lors de l’élection présidentielle. Même quand on est ouvrier, on peut penser à deux trucs à la fois. Comme vouloir bouffer, se loger, nourrir ses enfants mais comme on a un cerveau, on peut aussi avoir un avis sur l’immigration. Or les flux migratoires ont un impact sur la vie des gens, surtout s’ils sont dans une vision où ils peuvent devenir minoritaires.
On a beaucoup parlé de la gauche… Mais c’est la droite qui semble prendre votre analyse le plus au sérieux. Ca vous fait quoi d’être un homme de gauche lu par la droite?
Je me suis dit que ça allait m’attirer plein d’ennuis... Mais c’est d’abord au PS que j’ai amené cette thèse-là, et j’ai été un peu lu par eux. Mais le problème c’est que j’ai été vite confronté aux gardiens du temple.
Récupéré ou pas, je m’en fiche un peu. J’ai essayé de faire une analyse assez sincère, je savais très bien le risque que je prenais en écrivant dans mon livre un chapitre intitulé «Comment je suis devenu blanc?» C’est quelque chose de fort chez les classes populaires, c’est difficile si on est honnête de passer à côté.
L’expression est un peu convenue mais vous avez brisé une sorte de tabou?
Ça reste très compliqué parce qu’en France on a été élevé avec cette idée que les origines n’existaient pas et que ça n’était pas important. Mais on a tous nos ambiguïtés là-dessus. Pour moi un bobo qui vote Delanoë et contourne la carte scolaire et un prolo qui vote FN, c’est la même chose.
Le rapport des médias à cette question de l’immigration est compliqué?
Un peu… On marche sur des œufs et à gauche on est en territoire interdit. Tant que je faisais des cartes, ça allait. Avec l’essai sur les Fractures françaises, ça a été le black-out. Les journalistes m’ont souvent dit: «C’est super, mais on peut pas vraiment en parler.»

Propos recueillis par Jean-Laurent Cassely

mardi 24 avril 2012

Nouveau programme de l'option en Terminale S

Nouveau programme de l'option en Terminale S

Des clés historiques et géographiques pour lire le monde

Introduction
 Les élèves de la série S qui font le choix de suivre l'enseignement optionnel d'histoire et de géographie en terminale ont l'opportunité d'étudier de nouveaux champs de connaissances nécessaires à la compréhension de notre époque. Ces « clés pour lire le monde » permettent d'enrichir une culture générale historique et géographique et d'approfondir des méthodes utiles à la poursuite d'études supérieures.

Le fil conducteur du programme
 Le programme se compose de quatre questions qui associent l'histoire et la géographie, soit en privilégiant des études propres à chaque discipline, soit en proposant une analyse croisée (exemple : « Représentations et cartes du monde depuis l'Antiquité »). Cette conception originale permet de mettre en exergue les convergences entre les deux disciplines autant que leurs démarches spécifiques.

Les questions 1 et 2, consacrées à l'étude de la mondialisation et d'enjeux géopolitiques planétaires, recoupent des thèmes traités dans le cadre des programmes d'histoire et de géographie de terminale des séries ES et L.

Les questions 3 et 4 sont abordées selon des approches liées aux objectifs de formation scientifique de la série S : la question 3 « Représenter le monde », qui recoupe partiellement l'une des questions du programme de géographie de la classe de terminale des séries ES et L (« Des cartes pour comprendre le monde »), propose une réflexion critique, notamment sur les techniques de conception et les usages des cartes, des images satellites et des systèmes d'information géographique. La question 4 « Innovations et sociétés » permet d'aborder de grands enjeux scientifiques de notre temps (l'innovation technologique, la santé, la course à l'espace) dans leurs rapports aux sociétés et aux territoires.

Pour traiter le programme
Ce programme se prête à de nombreuses possibilités d'itinéraires et à une grande diversité de situations d'apprentissage, dans le cadre de la liberté et de la responsabilité pédagogiques du professeur. Il s'agit de traiter trois questions sur les quatre prévues dans le programme. Elles peuvent être abordées dans un ordre différent de celui de leur présentation. Chaque question propose une étude obligatoire, complétée par une étude au choix. Cette organisation très souple, propre au caractère optionnel de cet enseignement, permet d'approfondir un certain nombre d'objectifs méthodologiques :

- la confrontation de situations historiques ou/et géographiques ;
- l'analyse de cartes historiques et géographiques, en prenant appui si possible sur les Tice ;
- la maîtrise de l'expression orale et la construction d'un discours argumenté.
Pour traiter les trois questions choisies, les situations d'apprentissage peuvent notamment prendre appui sur des recherches et des productions personnelles des élèves, qui seront autant d'occasions de développer la capacité à conduire un travail autonome ou au sein d'un groupe et d'apprendre à le communiquer.

Des clés historiques et géographiques pour lire le monde
On traite trois questions au choix parmi les quatre suivantes.

Question 1 - La mondialisation en fonctionnement
- La mondialisation : processus, acteurs et territoires.
- Une étude au choix parmi les deux suivantes :
. un produit dans la mondialisation, du début du XXème siècle à nos jours,
. sport, mondialisation et géopolitique depuis les années 1930.
Question 2 - Enjeux et recompositions géopolitiques du monde- Les chemins de la puissance : les États-Unis et le monde depuis les « 14 points » du Président Wilson (1918).
- Une étude au choix parmi les deux suivantes :
. les espaces maritimes aujourd'hui : approche géostratégique,
. le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale.
Question 3 - Représenter le monde - Représentations et cartes du monde depuis l'Antiquité.
- Une étude au choix parmi les deux suivantes :
. des outils pour la géographie : images satellites ou systèmes d'information géographiques (au choix),
. les cartes, enjeux politiques : approche critique.
Question 4 - Innovation et sociétés - Les territoires de l'innovation dans le monde actuel.
- Une étude au choix parmi les deux suivantes :
. la lutte contre les maladies infectieuses depuis Pasteur,
. la course à l'espace depuis la Seconde Guerre mondiale.

Modalités de l'épreuve orale  d'évaluation
Épreuve orale
Durée: 20 minutes
Temps de préparation : 20 minutes
L'épreuve est notée sur 20.
L'épreuve porte sur le programme de l'enseignement facultatif d'histoire-géographie de la classe de terminale de la série S.
Le candidat choisit un sujet parmi deux proposés par l'examinateur. Les sujets portent sur les questions et les études traitées en classe, figurant sur une liste conforme au programme, signée par le professeur et le chef d'établissement et portant le cachet du lycée.
Si une production personnelle a été réalisée au cours de l'année, elle peut être mentionnée sur cette liste et, dans ce cas, le candidat s'en munit.
Les candidats individuels ou les candidats issus des établissements scolaires privés hors contrat présentent l'épreuve dans les mêmes conditions que les candidats scolaires. La liste est alors constituée par le candidat lui-même en conformité avec le programme de la classe de terminale.
Le questionnement qui suit l'exposé du candidat peut déborder le cadre strict du sujet choisi.

Textes de référence:
http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57527
http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57473

 

Nouveau programme de 3e

Nouveau programme de 3e

Présentation des nouveaux programmes de 3e et du nouveau DNB par les  IA-IPR de Paris

Programme de 3e en vigueur à la rentrée 2012

Présentation des nouvelles épreuves du DNB


Quelques séquences académiques illustrant certains thèmes du nouveau programme